
La 12e édition du Festival du film asiatique de Deauville s'est achevée hier soir. Après une édition 2009 un peu terne, où les quelques belles réussites (The Shaft en compétition, The Chaser lauréat d'Action Asia) et petites révélations (Members of the Funeral, Claustrophobia, Trivial Matters) étaient un peu noyées dans une masse de films anecdotiques voire franchement médiocres, sans éclat en ce qui concerne la sélection panorama et marchant au remplissage pour Action Asia, l'édition 2010, elle, a nettement relevé le niveau. Certes, il y a eu encore quelques ratés, le plus évident étant la projection en avant-première de Chengdu I Love You, omnibus qui a perdu un de ses trois segments en route, et à l'arrivée une purge inconcevable présentée, cerise sur la kacha, dans une copie très douteuse. Dommage, encore, que la compétition officielle doive se trainer des boulets comme True Noon, venu du Tadjikistan, qui semble, comme L'Enfant de Kaboul l'an passé, sélectionné pour de mauvaises raison qui n'ont que peu à voir avec le cinéma. Dommage enfin que le seul candidat indien soit The Eternal, insulte à toute une cinématographie par un cinéaste, Rituparno Ghosh, qui nous avait déjà assommés avec son fadissime Chokher Bali. The Eternal a au moins pour lui l'humilité de son prologue: deux personnages-navets qui, regardant l'horizon, se demandent "c'est quoi, la latitude?", pour enchainer sur un très à propos "c'est quoi, au juste, le cinéma?" - manifestement, Ghosh n'en a lui non plus aucune idée.
Hormis ces quelques impairs, l'édition 2010 a pourtant été de qualité. La sélection reine, la compétition, a fait part d'une audace qui aura cruellement manqué l'année passé. Avec la présentation d'ovnis comme le Symbol de Hitoshi Matsumoto, ou la présence d'un cinéma d'auteur plus radical (Judge, de Liu Jie, ou My Daughter, de Charlotte Lim), la compétition comportait quelques gagnants potentiels d'un solide niveau. Matsumoto, star de la télé nippone qu'on a découvert lors de la présentation, à la Quinzaine des réalisateurs, de son précédent film, le dingo et hilarant Dai Nipponjin, a confirmé son talent comique et son inventivité débridée avec Symbol qui, comme Dai..., n'est pas seulement un craquage en roue libre mais un écrin rigoureux à une originalité sans limite, qu'il s'agisse de gags visuels ou de structure scénaristique. Liu Jie, lui, a confirmé les espoirs que son Dernier voyage du juge Feng avait fait naître, tandis que la jeune cinéaste de Malaisie, Charlotte Lim, faisait figure de petite révélation avec un My Daughter qui aura écumé pas mal de festivals, en y remportant quelques prix. Autre premier film et révélation, Au revoir Taipei, bulle taïwanaise de fantaisie nocturne où la nonchalance colorée installée par son jeune réalisateur, Arvin Chen, finit par charmer.
Autre réussite: le panorama, composé d'avants-première hors compétition. Toujours sans date de sortie française, City of Life and Death, de Lu Chuan, avait inexplicablement manqué la marche d'une sélection cannoise en 2009, alors qu'il s'agissait d'un des noms les plus murmurés avant l'annonce officielle. Le film de Lu Chuan, qui tutoie le chef d'œuvre, aurait eu non seulement sa place, mais aussi son mot à dire sur le palmarès. Ne jouant ni sur l'héroïsation outrancière, ni la victimisation à grosses larmes, City... est d'abord un monument de mise en scène, racontant la mise à sac en 1937 de Nanking, la capitale chinoise, par l'armée japonaise. Lu Chuan n'élude jamais la barbarie insensée du conflit tout en parvenant à ne pas se vautrer dans le spectacle complaisant. Plus fort, City..., modèle d'écriture, parvient à faire exister sa chorale de personnages en assez peu de temps de présence à l'écran, donnant une profondeur humaine à sa reproduction d'un enfer sur Terre. On n'espère qu'une chose: que le long métrage trouve la place qu'il mérite dans les salles. L'autre temps fort de ce panorama était la présentation, en ouverture, de Lola, nouveau film de Brillante Mendoza. On a déjà dit sur FilmDeCulte tout le bien qu'on pense de l'encore jeune cinéaste philippin, ce Lola, au niveau de ses meilleurs longs-métrages, ne fait que confirmer.
Le palmarès du jury présidé par Pascal Bonitzer aura, lui, été à la hauteur, sacrant Judge qui fait un beau gagnant. Au revoir Taipei partage le prix du jury avec le plus lourdingue Paju, tandis que My Daughter reçoit un très juste prix de la critique.
En espérant que la 13e édition sera aussi sous le signe de l'ambition et des surprises: rendez-vous l'année prochaine à Deauville!











